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PROLOGUE.

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Dans ce siècle, aveuglé d’orgueilleuses lumières,
Qui va jusqu’à nier les vérités premières ;
Qui, saisi de vertige, en sa fiévreuse ardeur,
Court vers le précipice aidé par la vapeur ;
Dans ce siècle éclairé, cet âge utilitaire,
Où de l’humanité l’idole est la matière ;
Où le roi c’est le peuple, et l’argent c’est le dieu,
Faux dieu que l’on adore et poursuit en tout lieu ;
Dans un siècle de luxe, ivre comme le nôtre :
D’où vient l’étrange effort d’un ascétique apôtre ? —
Sur le monde, aujourd’hui, règne un vénal pouvoir ;
On n’entend que le bruit de l’actif laminoir,
Le choc d’hommes charnels et de lourdes machines ;
Semant sur leurs chemins de stériles ruines ;
On n’entend qu’une voix : « En avant ! en avant ! »
Voix que l’écho répète et qu’apporte le vent ;
Voix qui trouble en son nid la douce créature,
Portant l’effroi de l’homme au sein de la nature !
Dans ce siècle effréné, qui, sans guide et sans foi,
Pour réprimer la chair, n’admet aucune loi :
D’où vient l’étrange effort d’un mystique poète ?
Pense-t-il, à sa voix, que le siècle s’arrête ?
Pense-t-il, — le rêveur ! — qu’ému de ses accents,
Le monde avec amour lui brûle un grain d’encens ;
Et que le couronnant, dans un beau jour de fête,
En lui jetant des fleurs, il l’accueille en prophète ? —