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femme et mes enfants. Nous n’avons fait aucun mal. »

Le fénien reprend :

« Mais dis donc, Pierrot, as-tu perdu la tête ? »

Pas de réponse. Les sanglots coupent la voix de Pierrot.

Sa femme se penche alors à son oreille et lui glisse ces mots :

« Mon ami, c’est notre voisin Jean qui te parle. Je le reconnais à son verbe. »

Pierrot, ouvrant de grands yeux et d’un air hébété :

« Mais oui, c’est mon bon Jean. Je te prenais pour un feignant, ainsi que tes deux garçons.

— Comment ça, les feignants ?

— Eh bien ! oui, les feignants arrivent ; n’entends-tu pas les coups de fusils ? Pan ! pan ! pan ! »

Jean éclate de rire.

« Oh ! les beaux pan ! pan ! des feignants. Ce sont mes deux chevaux qui font ce tapage infernal dans la grange, où je les ai renfermés ce soir. Je m’en vais voir s’ils ne peuvent pas se faire mal en ruant ainsi. »

Pierrot reste la bouche béante ; il n’ose pas ajouter foi à l’explication que vient de lui donner son voisin.

Jean s’aperçoit que son ami doute encore ; il lui dit :

« Envoie tes trois garçons avec moi à la grange,