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l’avant-garde, saisie d’épouvante, retraite vers la charrette en courant.

« Les feignants, s’écrient-ils, sont sur nous ; ils ne sont plus qu’à vingt ou trente pas. »

Cette accablante nouvelle fut comme un coup de foudre pour la courageuse caravane. Les fuyards sont glacés d’effroi ; ils tremblent de tous leurs membres, comme s’ils étaient atteints d’une maladie de nerfs ; ils restent cloués sur place ; ils ne peuvent prendre aucune décision sur la conduite à tenir au milieu d’un danger aussi imminent ; la peur les paralyse complètement. Pendant ce court instant d’hésitation, l’ennemi approche, il arrive, il touche déjà à la charrette, en arrière de laquelle se sont blottis Pierrot et ses trois braves garçons ; la mère et les filles se sont laissées choir en bas du baril de lard et des sacs de farine et se sont couvert la tête de leurs tabliers pour ne pas être témoins de la mort de leurs proches ; encore une minute ou plutôt une seconde, et la famille patriarcale aura la tête tranchée.

L’un des féniens, — ils étaient seulement trois — s’écrie alors :

« Voyons donc, Pierrot, où vas-tu dans un pareil équipage ? »

Le chef de famille, en entendant le son d’une voix humaine, — il ne croyait pas que les féniens fussent des hommes comme les autres, — se précipite à genoux et marmotte les paroles suivantes :

« Au nom de Dieu, épargnez-moi, épargnez ma