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La guerre ! à ce mot terrible plusieurs jeunes gens, voyant la mort s’avancer à pas de géant, allèrent s’enfoncer dans l’épaisse forêt ou se réfugier dans des grottes à eux seuls connues. D’aucuns parcoururent des dizaines de lieues à travers les montagnes pour trouver un gîte sûr, une cachette où les autorités militaires ne pussent les découvrir. On ne redoutait ni les fatigues, ni la faim, ni la soif, ni la chaleur, ni le froid ; pourvu qu’on se protégeât contre le triste fléau qu’on appelle la guerre, on était content.

Que de scènes, parfois comiques, se passèrent à cette époque de terreur générale ! Nous nous contenterons de relater un seul épisode, afin de démontrer que, bien souvent, on s’alarme à tort et que l’on prend des vessies pour des lanternes.

Les faits sont authentiques et ont eu lieu dans une paroisse située sur le bord du fleuve Saint-Laurent, dans le comté de Témiscouata. Ce sont de braves cultivateurs qui sont les héros de l’histoire.

Le bruit courait depuis quelques jours que les féniens s’étaient emparés de Montréal, de Québec, de Lévis, et qu’ils descendaient le long de notre majestueux fleuve en mettant tout à feu et à sang. Les habitants de la paroisse de X… étaient plongés dans la plus profonde consternation ; ils étaient comme l’oiseau sur la branche, toujours prêts à fuir au moindre danger. Par mesure de sûreté, les jeunes gens les plus courageux, armés de fusils sans plaque, comme en 37, s’étaient cachés en embuscade dans