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DERNIÈRE INVASION FÉNIENNE



C’était pendant la dernière invasion fénienne. Tout le monde se rappelle les poignantes inquiétudes et les vives alarmes que le simple mot de guerre avait fait naître parmi la population, surtout dans nos campagnes. On croyait que tout allait disparaître de la surface de notre beau pays. On voyait déjà l’armée envahissante incendier nos coquettes habitations, ravager nos champs et nos troupeaux et massacrer, en un mot, tous les habitants qu’elle rencontrait sur son passage. Dans certaines paroisses, l’agitation était à son comble.

La guerre ! elle retentissait à l’oreille des pusillanimes comme un glas funèbre. Aussi quels gémissements douloureux se firent entendre alors ! Le père pleurait le départ de son fils ; la mère, folle de terreur, courait çà et là et demandait à grands cris qu’on lui laissât l’objet de ses plus tendres affections ; la jeune fille, les yeux remplis de larmes, pressait la main de son fiancé en le conjurant de ne jamais l’oublier, même sur le champ de bataille.