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fut porté aux nues. Il reçut des félicitations de toutes parts. Ses anciens amis lui firent visite et lui adressèrent des invitations pour soirées et pour bals. Les femmes, parmi lesquelles on remarquait des comtesses et des marquises, lui témoignèrent beaucoup d’intérêt, et quelques-unes d’entre elles ne purent cacher la flamme qui dévorait leur cœur ; elles firent même les premiers pas, comme l’on dit ordinairement. Mais Edmond resta sourd à toutes ces marques tardives d’estime et de dévouement ; il savait comment apprécier ces adulations et ces flatteries, il en était écœuré ni plus ni moins ; car il avait appris à connaître le monde au milieu de ses adversités.

« Quoi, s’écriait-il lorsqu’il était seul dans sa chambre, hier encore j’étais un être vil et méprisable ! On me fuyait comme une bête féroce, parce que je languissais dans la plus misérable indigence. Et aujourd’hui on me recherche, on me flatte, on me porte pour ainsi dire en triomphe, on me prend pour un grand homme, pour un véritable héros ! D’où vient ce changement subit ? À ce métal méprisable qu’on appelle l’argent. Comme la société est bouleversée ! Comment, pour être considéré dans le monde, il faut être riche ! Oh ! alors, ma fortune me fait horreur et j’ai honte d’être devenu un homme suivant les doctrines perverses de notre siècle. Ce n’est pas avec de l’argent que l’on acquiert de l’honneur et de la vertu. Moi, je préfère la pauvreté à la fortune. »