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patriarche, et, après avoir causé de choses indifférentes, nous faisons tomber la conversation sur la villa, que nous voyons distinctement de l’endroit où nous sommes. Ce respectable vieillard s’empresse de satisfaire notre curiosité et nous raconte l’histoire suivante :

« En commençant, je dois vous dire que je n’ai pas revu le propriétaire de cette maison depuis qu’elle a été construite. Je devrais dire plutôt les propriétaires, car ils étaient deux d’abord, un Américain et un Irlandais. Mais la villa n’était pas encore tout à fait terminée, et l’Irlandais avait disparu. On a eu beau prendre des informations sur son compte, on n’a jamais pu savoir où il était allé. La rumeur a circulé dans le temps que l’Américain avait tué son associé pour devenir seul maître de cette belle propriété et que le cadavre de la victime avait été enterré dans la cave. Un fait étonnant, vraiment prodigieux, et qui s’est renouvelé plusieurs fois, semble confirmer cette sinistre rumeur. Pendant certaines nuits, il se fait dans cette maison un tapage infernal, qu’on peut entendre à six arpents à la ronde. Pas une âme qui vive n’a pu habiter cette coquette villa, pas même son propriétaire, qui a levé le pied légèrement et n’a jamais été revu en ces lieux. Il est parti, dit-on, un beau matin pour aller loin, bien loin, dévoré par les remords de son crime. Il n’a jamais été possible à un mortel de passer une nuit dans ce séjour délicieux. Toutes les personnes