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« C’était un vendredi soir. Il faisait noir comme chez le loup, et il tombait de la pluie à boire debout.

« Je dis tout à coup à Fanchette, ma bonne petite femme :

« — Je vais à la chasse. Demain matin le gibier sera en abondance sur la grève. C’est le meilleur temps. »

« Onze heures sonnaient alors à l’horloge.

« Ma femme veut s’opposer à mon départ ; mais ma résolution est prise et rien ne peut m’arrêter. J’ai la tête dure comme un caillou. Je prends donc mon fusil et mon sac de provisions, et je me dirige vers le Cap-au-Diable. Je demeurais vis-à-vis chez les Rossignol dans le temps.

« Fanchette, en me voyant franchir le seuil de la porte, me recommanda bien, après m’avoir embrassé, de ne pas oublier de prier la sainte Vierge pendant cette nuit épouvantable. Je n’eus garde de ne pas suivre ses sages conseils.

« Je descends à travers les champs et j’arrive bientôt près de la pointe du cap que baigne le Saint-Laurent. J’étais mouillé jusqu’aux os et je tremblais comme une feuille de peuplier agitée par le vent. J’aurais désiré faire du feu pour me réchauffer, mais je ne pouvais pas même y songer. Il m’était impossible de trouver un seul morceau de bois sec, et le vent soufflait avec une extrême violence.

« Mon gabion se trouvait du côté nord du cap ; je