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LE CAP-AU-DIABLE



Il y a soixante à soixante-quinze ans, Saint-Louis du Kamouraska était devenu, surtout le printemps et l’automne, le rendez-vous de tous les Nemrods de la rive sud du Saint-Laurent. Les chasseurs accouraient des paroisses les plus éloignées pour tuer le canard et l’outarde, qui abondaient alors sur cette plage déserte, ainsi qu’une foule d’autres gibiers recherchés par les gourmets.

Ces intrépides coureurs de grèves avaient choisi de préférence la Grande-Anse, comprise entre le Cap-Blanc et le Cap-au-Diable. Cette immense étendue était, à certaines époques de l’année, littéralement couverte de gabions, espèces de huttes à une seule ouverture où se cachait le chasseur en guettant sa proie ; quelques pièces de bois brut ou quelques planches suffisent ordinairement pour construire ces sortes d’habitations. Pendant la saison de la chasse, l’ensemble de ces gabions présentait l’apparence d’une bourgade indienne s’élevant sur le bord de la grève.