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Mais non, il n’en est rien ; cette hésitation ne dure qu’une seconde. Aussi prompt que l’éclair, il lève son énorme marteau, qui retombe ensuite avec une rapidité étonnante et s’enfonce dans le front de Guillemette. Ce dernier n’est pas mort ; d’un bon il est sur pieds et empoigne l’assassin avec l’énergie du désespoir.

« Il s’ensuit une lutte terrible entre le bourreau et la victime ; l’obscurité de la nuit, — la bougie s’était éteinte dans la mêlée, — ajoute encore à l’horreur de la scène.

« Le docteur, redoublant d’efforts, se débarrasse de l’étreinte du jeune homme, lui assène un nouveau coup de marteau sur la tête et l’étend raide mort à ses pieds. Le nouveau Caïn avait tué son frère Abel.

« Sans perdre de temps, le monstre à figure humaine charge le cadavre sur ses épaules et le transporte sur le bord du fleuve. Une chaloupe qui se trouvait là reçoit le corps de Guillemette, et le meurtrier, muni d’un aviron, dirige l’embarcation à quelques arpents du rivage. Là, il s’arrête ; il soulève le corps de Guillemette et le lance dans l’onde bouillonnante. Les flots s’entr’ouvrent, et Guillemette disparaît au milieu du gouffre béant. Le crime est consommé.

« Le docteur retourne à son gîte, lave les taches de sang qui recouvrent le parquet de la chambre où reposait Guillemette une heure auparavant, place dans un lieu sûr tous les effets qui avaient appartenu