Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome I, 1930.djvu/36

Cette page a été validée par deux contributeurs.


un lépreux. Un soir, un de ces colporteurs qu’on rencontrait à la campagne, il y a quelques années, entra chez le docteur et lui demanda l’hospitalité. Guillemette, — c’était le nom du marchand ambulant, — était loin de se douter que sa dernière heure allait bientôt sonner. En pénétrant dans l’antre du bandit, il mettait pour ainsi dire un pied dans l’éternité.

« Le docteur acquiesça avec empressement à la demande du colporteur, et, pour le soulager de sa longue course de la journée, il lui offrit un verre de rhum de la Jamaïque. Guillemette but donc à la santé docteur, — boire à la santé d’un autre, ça fait tant de bien ! — mais en même temps que l’alcool, il avala un narcotique puissant que le docteur avait mis dans le verre lorsqu’il alla quérir le rhum dans son cabinet. Le colporteur se coucha quelques instants plus tard et dormit du plus profond sommeil.

« Pendant la nuit, à cette heure où la nature entière semble se reposer, le docteur l’Indienne se lève, prend une bougie et, armé d’un lourd marteau, se dirige vers le lit de Guillemette. Il contemple un moment le visage calme et souriant de celui qu’il allait bientôt assommer. C’est le démon de l’or seul qui pousse ce monstre à tremper ses mains dans le sang de son semblable.

« Le docteur l’Indienne hésite alors ; on dirait qu’il a peur ; c’est peut-être l’ombre de Caïn qui voltige devant ses yeux et arrête son bras meurtrier.