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Nous nous acheminons vers Saint-Jean-Port-Joli d’un pas tranquille et lent comme les rois fainéants dans les rues de Paris, avec cette différence que nous sommes transportés par un cheval, tandis que les monarques se payaient le luxe de se faire voiturer par quatre bœufs. C’était plus poétique, n’est-ce pas ?

Pourtant, sous le rapport de la poésie, nous n’avons rien à envier à ces riches et à ces puissants de la terre. Le panorama qui se déroule devant nos regards est splendide. Nous venons de quitter la charmante paroisse de Sainte-Anne avec son superbe collège et ses élégantes maisonnettes, pour entrer dans le « Domaine », — c’est ainsi qu’on désigne le rang qui longe la grande anse de Saint-Roch des Aulnaies, depuis le moulin de feu M. Dupuis, ancien député, jusqu’au village. À notre gauche, nous voyons la paroisse de Sainte-Louise, qui, par l’effet de la perspective, semble s’adosser au liane des Alléghanys, dont les cimes, toujours verdoyantes, se perdent dans la nue. Devant nous, nous avons l’église et le village de Saint-Roch, qui se mirent, dans les eaux limpides du fleuve géant. À notre droite, le Saint-Laurent, que sillonnent des centaines d’embarcations, s’étend à perte de vue ; plus loin, l’Île-aux-Coudres, qui se dresse comme une élégante corbeille de verdure et de fleurs, et ferme pour ainsi dire l’entrée de la baie Saint-Paul. Cette île nous rappelle un souvenir bien cher aux