Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome I, 1930.djvu/29

Cette page a été validée par deux contributeurs.


sa reconnaissance à ses sauveteurs, qui n’avaient rien épargné pour secourir leur semblable. Les pêcheurs lui demandèrent ensuite le récit de l’effroyable tempête qu’il avait essuyée pendant la nuit. Le naufragé exauça leurs vœux et leur raconta ce que vous connaissez déjà. Je me contenterai de vous rapporter la fin de sa narration.

« — Lorsque notre embarcation chavira, — c’est le naufragé qui parle, — mes deux infortunés compagnons de voyage furent emportés par la vague énorme qui nous enveloppait de toutes parts, et ils ne reparurent plus. En constatant l’imminence du danger auquel nous étions sans cesse exposés, je saisis un banc de la chaloupe de la main droite, et je pris mon scapulaire de la main gauche en disant à ma bonne mère Marie : « Ô Vierge immaculée, sauvez-moi du danger. » Ce furent mes dernières paroles ; j’enfonçai dans les flots avec la chaloupe et je perdis connaissance. Vous savez le reste. C’est mon scapulaire qui m’a sauvé ; j’en rendrai éternellement grâces à la glorieuse mère de Dieu. »

Le père Martin avait fini son histoire.

« Mais, père Martin, lui demandèrent les étudiants, connaissez-vous le nom de ce naufragé ?

— Sans doute, répliqua le conteur. C’était mon père. Après avoir été sauvé de la mort comme vous venez de le voir, il prit la résolution de demeurer à la campagne, dans un lieu solitaire, loin du fracas et du tumulte de la ville ; il acheta une terre ; il se cons-