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rience en pareil cas. Non, il n’est pas mort ; car bientôt le noyé commence à vomir, et le vomissement dure au moins dix minutes ; dans ce moment, les minutes paraissent plus longues que les heures. Quelques secondes s’écoulent encore et sa poitrine se soulève ; le noyé remue un bras et une jambe.

« — Miracle ! miracle ! s’exclament les deux pêcheurs. Il est sauvé ! »

« Aussitôt le prétendu noyé agite l’autre bras et l’autre jambe ; il ouvre les yeux, qu’il promène de tous les côtés, et on l’entend alors murmurer :

« — Mon Dieu ! où suis-je ? »

« Ses sauveurs lui défendent de parler et lui conseillent de rester calme et de contenir les émotions qui l’assiègent :

« — Plus tard vous remercierez le Ciel de vous avoir protégé d’une manière aussi visible. »

« Le noyé obéit, ferme les yeux et dort d’un profond sommeil jusqu’au lever du soleil. Les pêcheurs lui avaient dressé une couche de sapin et l’avaient recouvert de leurs habits d’étoffe du pays.

« À son réveil, le naufragé ressentait encore une grande faiblesse dans tout son être, et tout le corps lui paraissait comme meurtri. Sac à papier ! il ne faut pas vous étonner, mes amis, si cet homme était faible alors après la nuit terrible qu’il venait de passer. Son premier soin en revenant à la vie fut de se jeter à genoux, de remercier la sainte Vierge, qui l’avait arraché à une mort certaine, et de témoigner