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terminé, et un voile lugubre se dresse devant la scène. Il est alors minuit.

« Le lendemain, vers 3 heures du matin, deux braves habitants de cette paroisse viennent visiter leur pêche que vous voyez en face de vous, près de cette pointe (le narrateur montre du doigt l’endroit désigné). En arrivant au pied du rocher, leurs regards tombent sur une épave ; c’est une chaloupe qui repose sur des cailloux, la quille en l’air. Ils s’approchent de l’embarcation naufragée ; ils la retournent, et, ô surprise ! ils sont en présence d’un noyé qui se tient cramponné à un banc de la nacelle ; de la main gauche, le noyé presse sur sa poitrine le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel.

« Les deux pêcheurs enlèvent de la chaloupe la malheureuse victime de la tempête de la nuit précédente, et la déposent sur le vaste plateau sur lequel nous sommes assis. L’un d’eux examine attentivement le noyé.

« — Ô miracle, s’écrie-t-il, il n’est pas mort. Non, il respire encore, j’en suis certain. Regarde, dit-il en s’adressant à son compagnon ; le petit miroir que je viens de lui poser près de la bouche s’est couvert de sueur. Cette espèce de rosée est produite sans aucun doute par sa respiration, bien que les mouvements en soient imperceptibles. »

« À l’instant, les pêcheurs se mettent à frictionner le noyé, à le rouler sur un baril et à lui administrer, en un mot, tous les remèdes que suggère l’expé-