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parfois l’apparence d’un vaste incendie ; la pluie tombe par torrents ; le jour vient de finir et de faire place à une nuit d’horreur et de désespoir ; les vagues moutonnent et déferlent même avec fureur ; la fragile embarcation gémit, bondit, disparaît sous les flots courroucés, rebondit, se tord sous la violence du vent et, à chaque instant, semble devenir la proie des éléments déchaînés. Une bourrasque, plus terrible que les autres, met en pièces l’unique voile ; le mât craque, plie, casse et tombe dans les flots ; le gouvernail est arraché de ses gonds et emporté par une vague. La mort, la pâle mort s’avance avec son cortège de souffrances ; encore quelques instants, et la nacelle, secouée comme le plus petit copeau, sera engloutie dans la profondeur des ondes. Les malheureux nautonniers ont perdu tout espoir de salut et ont tourné leurs regards vers le Ciel, qui seul peut les sauver en faisant un miracle ; ils prient de toute la ferveur de leur âme et demandent pardon à Dieu des péchés dont ils se sont rendus coupables.

« Tout à coup, une vague énorme, aussi haute qu’une montagne, surgit à côté de la chaloupe, l’enveloppe bientôt d’un linceul et l’entraîne dans l’abîme. C’en est fini, l’embarcation est culbutée sens dessus dessous à quelques arpents du Fer à cheval, vis-à-vis de Sainte-Anne, et les malheureux qui la montent disparaissent en poussant ce cri suprême : « Mon Dieu ! mon Dieu ! » Le drame est