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les écoliers ; mais cela n’empêche pas que vous ne mangiez mes œufs et que vous ne brûliez mon bois.

— Pardon, pardon, père Martin, s’écrièrent en chœur les étudiants, nous n’avons pas cet honneur-là. Nous avons acheté nos œufs chez M. Valence Garon, au village. Quant au bois, c’est du bois que nous avons ramassé sur la plage, au milieu des cailloux, au risque de nous casser mille fois le cou en sautant d’un précipice à l’autre. Tenez, père Martin, venez goûter nos tranches dorées, et ne pensez plus aux petites fredaines dont vous nous accusez.

— Des tranches dorées ! C’est bien ; j’accepte votre invitation. Ce que je mangerai sera autant d’ôté sur votre conscience ; car ces tranches sont préparées avec mes œufs et mon bois.

— Quelle triste opinion vous avez des étudiants. Vous les prenez donc tous pour des voleurs ?

— Oh ! non ; mais ce sont de petits faiseurs de tours. Et quand on est enfant, voyez-vous, on ne se gêne pas de pénétrer dans le poulailler, le jardin et le verger. La gourmandise est bien forte à cet âge si tendre ; j’en sais quelque chose par expérience.

— Bravo ! père Martin. Vous avez été jeune, vous aussi ; c’est tout dire. Mangeons. »

Il nous semble inutile d’ajouter que l’existence des tranches dorées fut après cela de courte durée. Le repas terminé et après avoir fumé le calumet de la paix avec le père Martin, le doyen des étudiants pria le vieillard de vouloir bien raconter une histoire du