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étudiants étaient menacées d’un bien triste sort, lorsque la collation fut interrompue par l’arrivée inattendue d’un respectable vieillard, qui fit tout à coup son apparition au milieu de l’épais feuillage, en s’écriant :

« Ah ! mes brigands, je vous prends en flagrant délit. Non contents d’avoir dévalisé mes nids de poules en descendant ici, vous avez ravagé mon joli bocage pour faire bouillir la marmite, et vous vous régalez maintenant comme des princes. »

On aurait dit alors que les finissants étaient mus par la vapeur ou par l’électricité ; car, aussi prompts que l’éclair, ils sont debout, frappent des mains, lancent leurs casquettes en l’air et font retentir la montagne de leurs exclamations :

« Vive le père Martin ! Hourra pour le père Martin ! »

Oui, c’était bien le père Martin qui arrivait, un cultivateur âgé de plus de quatre-vingts ans, au port noble et fier, comme dirait le rhétoricien, au regard vif et sympathique ; un vétéran de 1812 qui avait combattu aux côtés du héros de Châteauguay ; un de ces patriarches vénérables et respectés que nous rencontrons encore si souvent dans nos heureuses campagnes ; un de ces Canadiens français enfin, qui n’ont jamais oublié leur noble devise : Religion et Patrie.

« Hourra ! tant que vous voudrez, reprit le père Martin après le bienveillant accueil que lui faisaient