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bons sauvages n’ont rien mangé depuis leur emprisonnement volontaire, et il leur est encore impossible d’aller chercher des provisions au dehors ; car l’armée anglaise est bivouaquée au pied même de la montagne. Ils endurent des souffrances atroces et presque insupportables. Ils gémissent, ils pleurent, ils crient, ils se roulent par terre dans des moments de fureur, ils prient, ils invoquent le Grand Manitou, le Petit Manitou et enfin tous les Manitous de l’univers. Et ces dieux restent sourds à leurs supplications.

Les Micmacs délibèrent un instant sur le parti qu’ils doivent prendre dans un danger aussi imminent, et le conseil des sachems décide que tous se livreront sur-le-champ à l’Anglais plutôt que de mourir de faim et de soif.

Le plus fort d’entre eux s’approche de l’entrée de la grotte et se met en frais d’enlever la pierre qui sert de porte ; mais aussitôt un bruit épouvantable se fait entendre ; un grand vent ébranle la caverne jusque dans ses fondements ; les arbres sont déracinés et renversés par terre ; d’énormes blocs de rochers se détachent du sommet de la montagne et roulent dans la vallée en faisant un vacarme infernal.

Impossible de décrire la terreur de ces pauvres sauvages. Leur effroi augmente encore en voyant apparaître au milieu d’eux une vieille femme, toute rabougrie, laide et difforme, mais portant une robe