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Pendant quinze jours, la même scène se renouvela avec quelques légères variantes. Tous les habitants du rang où cette maison était bâtie étaient plongés dans la plus grande frayeur. On n’osait pas, même en plein jour, passer dans cet endroit, si tristement célèbre. Et le soir donc ! la voie était complètement déserte. En un mot, la plus grande excitation régnait dans toute la paroisse.

La langue des commères marchait du matin au soir, et les commentaires pleuvaient. L’une d’elles disait qu’elle avait vu un grand fantôme blanc ; l’autre, un gros chien noir qui rôdait autour de la maison ; une troisième, une foule de petits nains dansant une danse ronde au grenier ; une quatrième enfin, le diable avec ses longues cornes et sa fourche de fer servant à retourner les damnés sur le gril. Tous ces braves gens étaient sous l’empire d’une terreur indescriptible.

Mais, comme on le dit généralement, toute chose a des émites ; il en fut ainsi de la maison hantée. Le bruit, la petite lumière et les fantômes disparurent complètement ; on rapporte qu’ils émigrèrent sur une île du fleuve Saint-Laurent ; et la maison fut ensuite habitée par une famille d’ouvriers qui ne furent nullement troublés dans leur sommeil par ces apparitions mystérieuses.

« C’est une véritable histoire de revenants que tu nous racontes là, » me direz-vous.