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UNE MAISON HANTÉE



C’était par une belle journée du mois de mai. Le ruisseau au doux murmure, — c’est ainsi que je m’exprimais lorsque j’étais élève de rhétorique, — serpentait à travers le gazon fleuri en décrivant mille sinueux détours ; les musiciens du bocage faisaient retentir l’air de leurs notes harmonieuses ; le feuillage s’agitait sous le souffle embaumé du zéphir ; le laboureur ensemençait son champ tout en fredonnant des chants nationaux ; la nature entière enfin avait revêtu son riche manteau de verdure et se présentait sous l’aspect le plus riant. Cette scène grandiose m’apportait au cœur de bien douces consolations, et je me disais :

« Que les œuvres du Créateur sont grandes et sublimes ! Quel est celui qui ne reconnaîtrait pas en ce jour la toute-puissance et les bontés infinies de Celui qui, de rien, fit toutes choses ! »

Tout en débitant ce monologue, je me promenais nonchalamment sous les grands arbres qui entourent