Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome I, 1930.djvu/119

Cette page a été validée par deux contributeurs.


ville et je vous fais mettre au violon pour le reste de vos jours. »

Contre un semblable argument, il n’y a pas à regimber. Aussi le notaire prend-il le parti le plus sage, celui de faire volte-face, de retraiter vers la porte et de fuir au plus tôt ce lieu où, quelques heures auparavant, il pensait trouver le vrai bonheur terrestre. En abordant Pierriche, il s’empresse de lui demander :

« As-tu dépensé mes vingt-cinq louis ?

— Non, lui répond Pierriche, il me reste encore quarante piastres, que voici. »

Le notaire empoche l’argent et entraîne Pierriche dans la rue.

Après avoir respiré quelque temps l’air du dehors, le notaire dit à Pierriche :

« Ta traite ne vaut rien. C’est un tour qu’on t’a joué. Je m’en doutais ; mais je ne voulais pas te le dire pour ne pas te causer de chagrin. Penses-tu que je ne sois pas plus fin que cela ?

Pierriche. — Vous êtes encore plus bête que moi, pauvre ignorant que je suis. Je n’aurais pas sacrifié ainsi mon argent comme vous l’avez fait, si je n’eusse pas compté sur une grande récompense. »

Pierriche tourne le dos à son ancien intendant et s’embarque sur un convoi de chemin de fer qui partait pour son village.

Le notaire, plus penaud qu’un chien battu, attendit le train de nuit pour descendre dans sa famille ;