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entré au bureau de poste, et le gros José m’a dit : « Savez-vous une chose ? — Non, lui ai-je répondu. — Pierriche, à la veuve Louison, vient de recevoir un grand papier timbré et daté d’Allemagne. Ça doit être l’héritage qu’il attend depuis longtemps. » Je ne voulus pas en entendre davantage, et je suis venu immédiatement ici pour t’offrir mes services. Car, dans les affaires compliquées, ou mieux embrouillées, il faut avoir une personne de loi expérimentée. Tu as une bonne idée de mes talents ?

Pierriche. — Oui, une excellente.

Le notaire. — Personne ne peut contester la validité de mes actes. Dans toutes les familles en désunion, j’ai établi la concorde, la paix et le contentement. Les testaments que j’ai faits ont satisfait tout le monde, même quand le donataire avait perdu l’usage de ses facultés mentales.

Pierriche. — Je sais tout cela. La paroisse admire en vous l’homme instruit et honnête et l’époux chéri de sa femme. Vous êtes celui sur lequel mon choix est tombé pour le règlement de ma fortune. Pour me servir d’une expression anglaise que j’ai apprise lorsque j’étais employé au collège de cette paroisse : You are the right man in the right place.

Le notaire, riant à gorge déployée. — Ah ! ah ! ah ! l’odeur de l’argent te donne déjà un commencement d’érudition. Qu’en sera-t-il quand tu toucheras du doigt ce précieux métal ? Holà ! la mère (en se tournant vers cette dernière), quittez votre rouet et