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VI

Ô mystère charmant et profond de l’enfance !
Quoi ! cet être joyeux d’enfreindre une défense,
Qui rit, qui parle seul, qui joue, et qui soudain
Semble pris pour ses jeux d’un immense dédain,
Et rêve, dédaignant l’image ou la praline,
Dans le plus sombre coin de la vieille berline ;
Qui montrait tout à l’heure un golfe avec son doigt
En demandant, « Quel est ce gros saphir qu’on voit ? »
Ce garçonnet ravi d’abîmer son costume,
C’est Celui qui mettra son siècle sur l’enclume,
Qui pendant si longtemps sera terrible et seul,
Et qui pratiquera si bien l’Art d’être Aïeul
Que, pâles apprentis sortant tous de ses forges,
Les poètes seront ses innombrables Georges !