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tint aux cheveux. Les images et les rimes glissaient à travers sa cervelle bouillie, mêlées à toutes les métamorphoses de l’émoi. Il avait des moments de détresse plus affreux que s’il eût été accroché à un tonneau, sur la mer intarissable, des repentirs aussi lourds que s’il eût commis un crime, des colères où il s’accablait des pires invectives et des espérances convulsives où il se figurait voir éclore un chef-d’œuvre.

Ensuite, il travailla tout le jour. Il fut l’inspiré, le ciseleur, le manœuvre, le fantasque ; il s’essaya sur des bouts-rimés, compulsa des dictionnaires, fouilla Baudelaire, José Maria, Sully-Prud’homme, Verlaine ; traduisit de la prose en vers, jeta des mots au hasard, comme des dés, tenta même des démarquages, s’intoxiqua de café comme Balzac et d’alcool comme Musset. Le soir,