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tins pauvres, cette « nomaderie », venue, non des lames de fond de la société, mais de ses fables. L’acteur pauvre est le sauvage hypersocial ; sa savane, sa forêt sont plantées des herbes et des arbres de l’imposture. Ses espérances empruntent leur teinte baroque aux apothéoses saugrenues et aux gloires ahurissantes.

Georges écoutait avec un joyeux dédain les explosions verbales de ces braves gens. Elles aiguisaient son orgueil. Il avait l’impression d’être quelque chose de solide, un métal parmi des verreries. Tout ce qu’il n’avait pas fait et tout ce qu’il ne savait pas comment faire devenait substantiel et puissant.

Parfois, l’humeur nomade entrant en lui, mêlée à la vapeur des rogommes, il devenait fraternel, insouciant, hâbleur, gonflé