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cisson, du thé, du café, du lard, du fromage, du beurre de conserve… Cet homme plat comme une raie, aux yeux de verrat et à la bouche en croissant, émet par périodes un rire silencieux, mélancolique et avare. Pour lui aider, sa femme et sa bru. La vieille, une brute funèbre, un visage crevassé qui dessine minutieusement le squelette, des yeux qui, au fond des orbites, simulent la lueur des veilleuses, une gueule violette où la langue gîte comme un crabe.

Ces créatures exploitent immodérément la misère des soldats. Un implacable verjus coûte deux francs, un petit verre de gnôle vaut quinze à vingt sous, selon les vicissitudes… On ne sait si la bru est ou non leur complice. Sur un corsage feu, sa tête blonde répand une lueur de soierie et de meule. Aucun lac n’est aussi bleu que ses yeux, pas