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rêter, il donna quelques coups si terribles qu’une des pierres éclata. Sa poitrine s’enfla, ses bras se raidirent : une lueur persistait sur une des brindilles. Alors, soufflant avec prudence, il fit grandir la flamme : elle dévora sa faible proie, elle saisit les autres herbes… Et Naoh, immobile, tout haletant, les yeux terribles, connut une joie plus forte encore que lorsqu’il avait vaincu la tigresse, pris le feu aux Kzamms, fait alliance avec le grand Mammouth et abattu le chef des Nains Rouges. Car il sentait qu’il venait de conquérir sur les choses une puissance que n’avait possédée aucun de ses ancêtres et que personne ne pourrait plus tuer le feu chez les hommes de sa race.



VII

LES HOMMES-AU-POIL-BLEU


Les vallées s’abaissèrent encore ; on traversa des pays où l’automne était presque aussi tiède que l’été. Puis il parut une forêt redoutable et profonde. Une muraille de lianes, d’épines, d’arbustes la fermait, où les Wah creusèrent un passage à l’aide de leurs poignards de silex et d’agate. La femme-guide fit connaître à Naoh que les Wah n’accompagneraient plus les Oulhamr lorsque reparaîtrait l’air libre, car, au-delà, ils ignoraient la terre. Ils savaient seulement qu’il y avait une plaine, puis une montagne coupée en deux par un large défilé. La femme-chef croyait que ni la plaine ni la montagne ne contenaient des hommes ; mais la forêt en nourrissait quelques hordes. Elle les dépeignit puissants par la poitrine et par les bras, elle fit comprendre qu’ils n’allu-