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Mile, vraiment, & mile voudroient bien,
Et mile encor, ma guerriere Cassandre,
Qu’en te laissant, je me voulusse rendre
Franc de ton ret, pour vivre en leur lien.

Las! mais mon coeur, ainçois qui n’est plus mien,
Comme un vrai serf, ne sauroit plus entendre
A qui l’apelle, & mieus voudroit atendre
Dis mille mors, qu’il fut autre que tien.

Tant que la rose en l’épine naitra,
Tant que sous l’eau’ la balene paitra,
Tant que les cerfs aimeront les ramées,

Et tant qu’Amour se nourrira de pleurs,
Toujours au coeur ton nom, & tes valeurs,
Et tes beautés me seront imprimées.

MVR.ET.

Mile, vraiment. )ll ü’i a rien en ce Sonet , qui ne iôic afles aife de foi.


Avant qu’Amour, du Chaos ocieus
Ouvrist le sein, qui couvoit la lumiere,
Avec la terre, avec l’onde premiere,
Sans art, sans forme, estoient brouillés les cieus.

Ainsi mon Tout erroit seditieux
Dans le giron de ma lourde matiere,
Sans art, sans forme, & sans figure entiere:
Alors qu’Amour le perça de ses yeus.

Il arrondit de mes affections
Les petis cors en leurs perfections,
Il anima mes pensers de sa flame.