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Demeure, où fuis tu, Maitresse?
Le desir qui trop me presse,
Ne sauroit arrester tant,
S'il n'a son paiment contant.
Revien, revien, mignonnette,
Mon dous miel, ma violete,
Mon œil, mon cœur, mes amours,
Ma cruëlle, qui toujours
Treuves quelque mignardise,
Qui d'une douce faintise
Peu à peu mes forces fond,
Comme on voit dessus un mont
S'écouler la nege blanche :
Ou comme la rose franche
Pert le pourpre de son teint
Du vent de la Bise atteint.
Où fuis-tu, mon âmelette,
Mon diamant, ma perlete :
Las! revien, mon sucre dous,
Sur mon sein, sur mes genous,
Et de cent baisers apaise
De mon coeur la chaude braise.
Donne m'en bec contre bec,
Or un moite, ores un sec,
Or un babillard, & ores
Un qui soit plus long encores
Que ceus des pigeons mignards,
Couple à couple fretillars.
Ha là! ma doulce Guerriere,