Page:Ronsard - Les Amours, 1553.djvu/188

Cette page n’a pas encore été corrigée


Devant lui fuit la saison plus cruelle.
Il est tout beau, ta face est toute belle :
Ferme est son cours, ferme est ta loiauté.

Il peint les chams de dis mile couleurs,
Tu peins mes vers d'un long émail de fleurs :
D'un dous Zephyre il fait onder les plaines,

Et toi mon coeur d'un soupir larmoiant :
D'un beau crystal son front est rousoiant,
Tu fais sortir de mes yeus deus fontaines.

Muret effacer car OCR illisible


 
Ce ne sont qu'haims, qu'amorces, et qu'apas
De son bel oeil qui m'aleche en sa nasse,
Soit qu'elle rie, ou soit qu'elle compasse
Au son du Luth le nombre de ses pas.

Une minuit tant de flambeau n'a pas,
Ni tant de sable en Euripe ne passe,
Que de beautés embellissent sa grace,
Pour qui j'endure un milier de trespas.

Mais le tourment qui moissonne ma vie,
Est si plaisant, que je n'ai point envie
De m'élongner de sa douce langueur :

Ains face Amour que mort encores j'aie
L'aigre douceur de l'amoureuse plaie,
Que vif je porte au plus beau de mon coeur.