Page:Ronsard - Les Amours, 1553.djvu/143

Cette page n’a pas encore été corrigée


Amour archer d'une tirade ront
Cent traits sur moi, & si ne me conforte
D'un seul regard, celle pour qui je porte
Le cœur aux yeus, les pensers sur le front.

D'un Soleil part la glace qui me fond,
Et m'esbaïs que ma froideur n'est morte
Au feu d'un œil, qui d'une flame acorte
Me fait au cœur un ulcère profond.

En tel estat je voi languir ma vie,
Qu'aus plus chetifs ma langueur porte enuie
Tant le mal croît & le cœur me défaut:

Mais la douleur qui plus comble mon ame
De desespoir, c'est qu'Amour & Madame
Savent mon mal, & si ne leur en chaut.

MVRET.

[V Murakber.)1.’argument ef‍i facile. D‘vn ‘À‘oleiçll entêd fa dame. D’vnef‍lam mm. Gétile. Mot Italien.


Je vi ma Nymfe entre cent damoiselles
Comme un Croissant par les menus flambeaus
Et de ses yeux plus que les astres beaus
Faire oscurir la beauté des plus belles.

Dedans son sein les Graces immortelles
La Gaillardise, et les frères jumeaus
Aloient volant comme petits oiseaus
Parmi le verd des branches plus nouvelles.

Le ciel ravi, que son chant émouvoit,
Roses et lis et ghirlandes pleuvoit
Tout au rond d'elle au millieu de la place: