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PIERRE DE RONSARD

Ronsard est à certains égards le père de tout le lyrisme moderne. Son influence s’est promptement étendue hors des frontières de notre langue. Ce que lui doivent l’Angleterre, l’Allemagne, la Pologne, d’autres pays encore, est attesté aujourd’hui par l’histoire des lettres européennes ; il a rendu à l’Italie elle-même, avec Chiabrera, une part des secours qu’il a reçus d’elle.

Pour la France, son bienfait fut incomparable. Il a paru à l’heure où notre prose grandissait et devenait adulte, s’apprêtant aux nobles tâches de l’âge classique. Sans le Vendômois et le mouvement dont il fut l’âme, la poésie n’eût pas marché du même pas. On conçoit fort bien que la prose eût pris ses directions après Rabelais, avec Amyot et Montaigne, tandis que nos rimeurs arriérés auraient continué à construire le « chant royal » et le rondeau du vieux temps, ou se seraient attardés à des imitations sans avenir. Il fallait une main vigoureuse pour arracher la poésie à ces jeux stériles et la mener à de nouveaux destins. Ronsard en eut la force et la volonté, et son autorité sur les intelligences fut telle qu’ayant trouvé autour de lui les jeunes talents prêts à l’applaudir, il ne cessa jamais de les entraîner. Le renouvellement continu qu’il imposa à son génie est la plus belle leçon qui ressort de cette grande vie. Un tel écrivain a des droits certains à la reconnaissance de sa nation. Cette récompense