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PIERRE DE RONSARD

lante ; il était attendri par la mélancolie et la santé frêle de cette jeune femme, pure et délicate fleur d’une cour pervertie. Elle-même, fière de la gloire de son poète, se montrait reconnaissante de celle qu’il offrait en échange de ses sourires et de sa bonté. Grâce à Hélène, il se sentait capable encore de tresser les couronnes les plus durables et de donner de ses mains, comme Pétrarque, l’immortalité :

Longtemps après la mort je vous ferai revivre,
Tant peut le docte soin d’un gentil serviteur,
Qui veut en vous servant toutes vertus ensuivre ;
Vous vivrez, croyez-moi, comme Laure en grandeur
Au moins tant que vivront les plumes et le livre !

Des sonnets, des stances pour Hélène brillent au rang des parfaits poèmes de Ronsard. On les récitera tant que des hommes se plairont à prononcer des vers dans notre langue. Ils comptent parmi ceux qui ont le mieux aidé à rajeunir la renommée du poète et qui assurent son nom de ne point périr.

Même dans une civilisation intellectuelle amoindrie, lesMuses, qu’il savait immortelles, veilleront sur sa mémoire. Nous ne sommes pas, d’ailleurs, les seuls à l’honorer. On s’aperçoit que notre