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marche ! Où va mon Marc, je suis bien sûre d’arriver. Marche, mon Marc ! Ta vieille mère ne te laissera pas en chemin. Nous fûmes un. Nous serons un… »

Et comme elle se penchait, pour caresser la terre mouillée avec ses mains, elle entendit sur le gravier un pas léger qui se hâtait ; et, se retournant, elle vit, venant, à longues enjambées, une femme jeune, grande, élancée, vêtue de deuil, qui s’approcha et qui lui dit :

— « Je suis venue… Pardonnez-moi !… Mon train a eu deux heures de retard… »

Annette la regardait, son visage long et ses yeux gris, qui se plissaient, comme pour sourire ; et brusquement deux larmes rondes en jaillirent. Elle se taisait, attendant : car elle ne l’avait, avant, jamais vue. L’autre dit :

— « Ruche[1]. Il m’a connue. »

Annette dit (son visage triste s’éclaira) :

— « Je me ressouviens de votre nom. Vous avez été la bonne hôtesse de mon pauvre petit frelon. »

Ruche s’inclina, d’un brusque élan (elle avait gardé sa souple échine de lévrier), et, avant que Annette pût l’empêcher, elle avait enfoui dans les mains mouillées, engluées de terre, son museau long. Quand, après, elle se redressa, elle avait aux joues les marques funèbres. Ses yeux de Chinoise de la Loire clignaient, pour refermer le couvercle sur son émotion. Mais Annette avait lu au fond. Et ouvrant les bras, elle baisa sur ces joues la trace qu’y avaient laissée ses mains, — la trace du fils. Ruche, la serrant, sentit le dos que la pluie avait transpercé ; elle s’alarma, finalement. Elle dit :

  1. Voir l’Annonciatrice, tome I.