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prends-tu les matins ? Et le reste du jour ? Vis-tu bien confortevolmente ?


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[À BOSC, À PARIS[1].]
18 août [1786, — de Villefranche].

[Bien pis qu’étourdi, mais inconsidéré, impertinent… Que sais-je ? Comment voulez-vous que je vous pardonne jamais de m’avoir fait perdre du temps à copier les plus ennuyeuses choses du monde ? Copier ! — copier ! — moi, copier ! — c’est une dégradation, une profanation, un sacrilège au tribunal du goût. Il vous sied bien, après cela, de mettre le nez au vent et d’arrondir vos épaules, vous, intrus dans la capitale, dont j’ai emporté bonne partie de ce qu’il y avait de bon. Ne savez-vous pas que j’ai aussi sur ma toilette des journaux et des plumes, et même des vers à Iris ; que je puis parler de ma campagne et de mes gens, de l’ennui de la ville dans cette saison ; que je puis porter mon jugement sur les nouveautés ; me passionner pour un ouvrage sur la foi des auteurs de la feuille de Paris ; faire des visites ; dire des riens ou en écouter, etc. ? N’est-ce pas là le triomphe de l’esprit et l’art des élégantes parmi votre beau monde ?

Allez, petit garçon, vous n’êtes pas encore assez adroit pour le persiflage, ni assez effronté pour le bon ton ; vous n’avez pas même assez de légèreté pour qu’une femme habile puisse, sans se compromettre, tenter votre éducation. Allez, ramassez des insectes, disputez avec vos savants sur la nature des cornes du limaçon ou la couleur des ailes d’un scarabée ; vous ne feriez à nos femmes que leur donner des vapeurs.

Je suis sensible au souvenir de l’aimable famille Audran ; dites-le-lui quand vous la verrez, ainsi que mille choses affectueuses de ma part.]

Vous perdez vos peines avec Eudora, qui aime tout au plus ceux

  1. Bosc, IV, 111 ; Dauban, II, 552. — Ms. 6239, fol. 273-274. — Dauban a imprimé « 28 août », par faute d’impression, car Bosc avait mis « 18 » ; il y a bien d’ailleurs « 18 » au ms. — En outre, la lettre suivante, à Roland, établie cette date.