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venus des coins opposés de l’horizon et roulés par tant de marées inégales, soient d’un identique volume. Pourtant il essaya. Il s’était fait initier par un horloger, connaissait maintenant les roues, les ressorts, les dents, les clous de diamant, les subtils engrenages, les chaînes, les circuits, tous les nerfs, les muscles, l’anatomie entière de cette bête d’acier et d’or dont le pouls égal marque la vie du temps. Il avait acheté les outils nécessaires, des limes, de fines scies, de minuscules instruments, pour démonter, polir, arranger, corriger, guérir les délicats organismes, si impressionnables. À force d’observation, de patience, de minutie, retardant celle-ci, avançant celle-là, secourant chacune dans le sens de sa faiblesse, peut-être arriverait-il un jour à ce qui était son rêve obsédant, son idée fixe devenue plus précise et maintenant formulée : les voir enfin toutes à l’unisson ; les entendre, ne fût-ce qu’une fois, sonner l’heure en même temps, tandis que l’heure pareille sonnerait au beffroi. Atteindre cet idéal d’avoir unifié l’heure !

La manie de Van Hulle persista. Il ne se décourageait point. Il passait de longues journées dans son Musée d’horloges, tâchant de mettre au même point les cadrans, tout au rêve de l’heure identique, tout au plaisir de ses amusants travaux d’horlogerie. Devant son établi, un verre grossissant dans l’arcade sourcilière, il découvrait le fonctionnement des ressorts, les petites maladies des rouages, les bacil-