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LES JOURS MAUVAIS.


Comme la neige est abondante !
Elle est silencieuse. On peut
Lui confier tout ce qu’on veut ;
C’est une sûre confidente

Qui n’a jamais rien répété,
Gardant comme une blanche idole
Le secret du vain bruit frivole
Que deux lèvres ont chuchoté.

On avance encore. Il fait morne ;
Les maisons dans le vent du nord
Ont l’air d’avoir chacune un mort…
Un garde-barrière, au loin, corne !

Et le convoi noir en passant
Avec ses vitres allumées
Arbore au milieu des fumées
Comme des linges pleins de sang.

Par la plaine mourante et nue
Il s’éloigne, d’un air fatal ;
Et son hurlement de métal
Dans l’ombre immense s’atténue.