Page:Rodenbach - Bruges-la-Morte, Flammarion.djvu/25

Cette page a été validée par deux contributeurs.

âges, éparpillés un peu partout, sur la cheminée, les guéridons, les murs ; et puis surtout — un accident à cela lui aurait brisé toute l’âme — le trésor conservé de cette chevelure intégrale qu’il n’avait point voulu enfermer dans quelque tiroir de commode ou quelque coffret obscur — ç’aurait été comme mettre la chevelure dans un tombeau ! — aimant mieux, puisqu’elle était toujours vivante, elle, et d’un or sans âge, la laisser étalée et visible comme la portion d’immortalité de son amour !



Pour la voir sans cesse, dans le grand salon toujours le même, cette chevelure qui était encore Elle, il l’avait posée là sur le piano désormais muet, simplement gisante — tresse interrompue, chaîne brisée, câble sauvé du naufrage ! Et, pour l’abriter des contaminations, de l’air humide qui l’aurait pu déteindre ou en oxyder le métal, il avait eu cette idée, naïve si elle n’eût pas été attendrissante,