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À côté d’un yacht américain affectant la forme d’un obus couché, yacht très léger fendant l’air avec une vitesse foudroyante, on voyait un yacht pompéien peinturluré d’éclatantes couleurs, de lourdes, mais confortables embarcations hollandaises, des yachts presque ronds, ornés avec profusion d’ornements de tous styles, des yachts bizarres, plutôt maisons aériennes que navires et marchant par tous les systèmes connus, etc., etc., tous cirés, frottés, lavés à grande eau tous les matins par leurs équipages et prêts à prendre l’air au premier signal.

Comme on leur servait à déjeuner dans leur appartement, Hélène et Philippe remarquèrent une certaine animation dans le restaurant de l’hôtel ; des aéronefs venaient d’amener une nombreuse et gaie société, dont les éclats de rire et les conversations joyeuses montaient jusqu’à la terrasse.

« C’est le président du conseil des ministres qui vient déjeuner avec quelques amis en cabinet particulier, répondit le garçon à une interrogation de Philippe.

— Il paraît d’assez joyeuse humeur, fit le jeune homme en regardant par le balcon. »

Un majordome, frappant à la porte, apportait une carte sur un plateau.

« Son Excellence le comte Hercule Vascorelli, président du conseil ! lut Philippe avec étonnement.

— Son Excellence ayant appris l’arrivée de Votre Seigneurie, dit le majordome, prie Votre Seigneurie de lui faire l’honneur de déjeuner avec elle…

— Vous remercierez Son Excellence, répondit Philippe ; mais je ne puis accepter… je passerai au palais pour présenter mes excuses dans la journée. »

Le majordome s’inclina et descendit.

Cinq minutes après, comme Philippe et sa jeune femme se mettaient à table, le majordome revint, précédant cette fois Son Excellence, elle-même.

« Mille pardons, cher monsieur Ponto, dit le comte Hercule Vascorelli ; je n’ai pu résister au désir de serrer la main au fils du grand banquier Ponto… je regrette que vous ne puissiez nous faire l’honneur de déjeuner avec nous… nous sommes en tournée d’inspection, tous les ministres et quelques amis…