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MANUEL DE LA PAROLE

Dieu a pris plaisir de répandre sur vos passions, les perfidies, les bruits désagréables, une fortune reculée, la santé ruinée, des affaires en décadence, tout cela a refroidi et retenu les penchants déréglés de votre cœur ; le crime vous a dégoûté du crime même ; les passions d’elles-mêmes se sont peu à peu éteintes ; le temps et la seule inconstance du cœur a rompu vos liens : cependant, dégoûté des créatures, vous n’en êtes pas plus vif pour votre Dieu. Vous êtes devenu plus prudent, plus régulier, selon le monde, plus homme de probité, plus exact à remplir vos devoirs publics et particuliers : mais vous n’êtes pas pénitent. Vous avez cessé vos désordres : mais vous ne les avez pas expiés, mais vous ne vous êtes pas converti, mais ce grand coup qui change le cœur et qui renouvelle tout l’homme, vous ne l’avez pas encore senti.

Cependant cet état si dangereux n’a rien qui vous alarme. Des péchés qui n’ont jamais été purifiés par une sincère pénitence, ni, par conséquent, remis devant Dieu, sont à vos yeux comme s’ils n’étaient plus. Et vous mourrez tranquille dans une impénitente d’autant plus dangereuse que vous mourrez sans la connaître. Ce n’est pas ici une simple expression ni un mouvement de zèle : rien n’est plus réel ni plus exactement vrai.

Massillon.


POLICHINELLE


Voilà, voilà Polichinelle, le grand, le vrai, l’unique Polichinelle ! Il ne paraît pas encore, et vous le voyez déjà ! vous le reconnaissez à son rire éclatant, prolongé. Il ne paraît pas encore, mais il siffle, il bourdonne, il babille, il crie, il parle de cette voix qui n’est pas une voix d’homme, de cet accent qui n’est pas pris dans les organes de l’homme, et qui annonce quelque chose de supérieur à l’homme, Polichinelle, par exemple. Il s’élance en riant : il tombe, il se relève, il se promène, il gambade, il saute, il se débat, il gesticule et retombe démantibulé contre un châssis qui résonne de sa chute. Ce n’est rien ; c’est