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LA MAISON CONDAMNÉE

désolait la stérilité de ses friches. Attiré par le mirage d’un luxe facile, le mauvais habitant résolut de s’expatrier ; il vendit ses bêtes, ses meubles, son roulant de ferme ; puis, comme on cloue un cercueil, il barra les portes et les fenêtres de la maison paternelle, et s’en alla…

Et depuis, la maison de l’émigré était fermée, condamnée, presque maudite, objet de terreur pour les enfants, de tristesse pour les voisins, de désolation pour la paroisse.

Ceux qui partent ainsi savent-ils bien ce qu’ils font, et qu’ils désertent un poste d’honneur, et qu’ils manquent à un devoir sacré ? Croient-ils ne laisser derrière eux qu’un toit sur quatre murs ? Ce qu’ils quittent, en vérité, et à quoi ils renoncent, c’est plus que cela : c’est le pays natal ; pour celui-ci c’est la montagne, pour celui-là la plaine, mais, pour tous, au flanc des collines ou dans la vallée, c’est la paroisse où s’écoula, paisible,

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