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LES BLASPHÈMES

Du mystère cherché vous lèverez les voiles
Et, sans trouver un maître à ce monde infini,
Vous verrez dans le ciel ainsi que dans un nid
Sous l’aile des Hasards éclore les étoiles.

Vous sentirez couler la Matière en tourment
Comme un fleuve sans bords et sans fond qui ruisselle
En tourbillons sans fin de vie universelle,
N’ayant pas de pourquoi bien qu’elle ait un comment.

Vous sachant tout petits et perdus dans ce nombre
Plus qu’un grain de raisin noyé dans le cuveau,
Vous direz que les Dieux, fils de votre cerveau,
Au prix de ce grand Tout sont le rêve d’une ombre.

Tranquillement, avec le calme des vainqueurs.
Sans vous laisser duper par le prêtre et l’apôtre,
Sur ce coin de planète, heureux puisqu’il est vôtre,
Vous vous reposerez dans la paix de vos cœurs.

Vous jouirez du bien, quelque mal qui s’y mêle,
Comme le nourrisson, enfant d’un pauvre gueux,
Qui malgré la peau sale et le tétin rugueux
Clôt ses yeux de plaisir en suçant la mamelle.