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Madame Bévis. Que dire de ce misérable Tomlinson, qui n’est pas encore arrivé.



M Lovelace, au même.

de mes appartemens, chez Madame Moore. Miss Rawlings est chez son frère. Madame Moore s’occupe de son ménage. Madame Bévis est à s’habiller. Il ne me reste que ma plume pour ressource. Maudit Tomlinson, qui ne paraît point encore ! Que faire sans lui ? Je me figure qu’il va se plaindre, avec assez de hauteur, du traitement qu’il reçut hier. " que lui importent nos affaires ? Peut-il avoir d’autres vues que celle de nous servir " ? En effet, quelle cruauté de renvoyer sans audience un homme de cette considération, qui a tant d’affaires sur les bras ! Le capitaine Tomlinson ne remue pas le pied sans quelque motif d’importance. N’est-ce pas une chose insupportable, que le caprice d’une femme lui fasse perdre tant de momens précieux ? Après tout, Belford, j’ai besoin d’avoir l’esprit et le cœur agités par cette variété de scènes, pour goûter mieux, quelque jour, la douceur du repos, et réfléchir avec plus de satisfaction sur les dangers passés, et sur les peines que je me souviendrai d’avoir essuyées. J’ai l’esprit tourné à la réflexion, tu le sais ; mais supposer que le passé m’occupera seul, tandis que je serai capable de réfléchir, n’est-ce pas une véritable contradiction ? Dans quelle forêt d’épines et de ronces un malheureux ne se jette-t-il pas, au risque inévitable de se déchirer le visage et les habits, lorsque, entreprenant de s’ouvrir des routes nouvelles en amour, il abandonne un vieux sentier, battu de tout tems par ceux qui l’ont précédé ! Changement de scène. J’ai reçu, dans mon propre appartement, une visite de la veuve Bévis. Elle m’apprend que la nuit dernière, lorsque j’eus quitté la maison, ma femme fut tentée de l’abandonner aussi. En vérité, je regretterais volontiers qu’elle ne l’ait point entrepris. Il paraît que Miss Rawlings, dont elle a pris conseil, l’en a détournée. Madame Moore, sans lui faire connaître que Will couche dans la maison, lui a représenté, qu’entre les sujets de ses peines, il y en a plusieurs qu’elle doit souhaiter d’éclaircir ; et que, d’ailleurs, jusqu’à ce qu’elle ait fixé le lieu de sa retraite, elle ne peut être plus sûrement que chez elle. Ma belle s’est rappelée aussi qu’elle attend une lettre de Miss Howe, qui doit servir de direction à toutes ses démarches futures. Je ne doute pas qu’avec tous ces motifs, elle n’ait la curiosité de savoir ce que l’ami de son oncle est chargé de lui dire, quelque mépris qu’elle ait hier marqué pour un homme de cette importance ; et je ne puis croire qu’elle soit absolument déterminée à se mettre hors d’état de recevoir la visite de deux des principales dames de ma famille, et à rompre tout-à-fait avec moi. D’ailleurs, que deviendrait-elle ? J’ajoute que l’heureuse arrivée de la lettre de Miss Howe doit lui avoir donné un peu plus de confiance pour moi et pour tout ce qui l’environne, quoiqu’elle ait peine à l’avouer sitôt. La charité est une vertu si rare ! Les meilleures ames ne reviennent point aisément, lorsqu’elles sont une fois prévenues au désavantage d’autrui.