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aussi sacrées pour lui, que si elles faisaient partie du contrat de notre mariage, etc. ". Que dois-je dire, ma chère ? Que dois-je penser ? Madame Greme et Madame Sorlings sont d’honnêtes femmes : et cette lettre s’accorde avec la conversation qui m’a paru agréable, et qui me le paraît encore. Cependant, que se proposait-il, lorsqu’il a laissé échapper l’occasion de me déclarer ses sentimens ? Pourquoi faire des plaintes à Madame Greme ? Ce n’est point un homme timide. Mais j’inspire de l’effroi, dites-vous. De l’effroi ! Ma chère. Dites-moi donc comment ? Je suis quelquefois hors de moi-même, de la nécessité où je me trouve d’observer la manœuvre de cet esprit subtil, ou de cette tête folle ; je ne sais quel nom je dois lui donner. Qu’elle est sévèrement punie, me dis-je souvent à moi-même, cette vanité qui m’a fait espérer de servir de modèle aux jeunes personnes de mon sexe ! Si mon exemple sert désormais à leur inspirer des précautions, je dois être assez contente. à quelque sort que le ciel me destine, il ne faut plus compter que je puisse jamais lever la tête entre mes meilleurs amis et mes plus dignes compagnes. C’est une des plus cruelles circonstances du malheur d’une fille imprudente, d’accabler de douleur tous ceux dont elle est aimée, et de ne causer de la joie qu’à ses ennemis et à ceux de sa famille. Que cette leçon serait utile, si l’on prenait soin de se la rappeler vivement dans l’attention, lorsque l’esprit balance sur une démarche douteuse ! Vous ne connaissez pas, ma chère, tout le prix d’un homme vertueux ; et, malgré la noblesse de votre ame, vous participez à la foiblesse commune de la nature, en faisant trop peu de cas du bien qui est entre vos mains. Si c’était M Lovelace qui vous rendît des soins, vous ne le traiteriez pas comme vous traitez M Hickman, qui mérite d’être mieux traité que lui. Dites ; le traiteriez-vous de même ? Vous savez qui disait, en parlant de ma mère : celui qui souffre beaucoup, s’apprête beaucoup à souffrir . Je m’imagine que M Hickman apprendrait volontiers de qui vient cette observation. Il aurait peine à croire qu’une personne qui pense si bien, ne tirât pas quelque fruit de sa propre remarque, et il souhaiterait sans doute qu’elle fût en liaison d’amitié avec sa chère Miss Howe. La douceur, loin d’être une qualité méprisable dans un homme, entre nécessairement dans l’idée du galant homme ; c’est-à-dire qu’elle fait une partie essentielle de la perfection qui convient à ce sexe. Un prince peut être indigne d’un si beau titre ; car ce sont les sentimens et les manières, plus que la fortune, la naissance et les dignités, qui forment cet honorable caractère. Sera-t-il dit généralement que la préférence de notre sexe est pour les hommes violens, impétueux ? Et Miss Howe ne sera-t-elle pas du moins une exception ? Pardon, ma chère ; et que votre amitié pour moi n’en souffre pas. Ma fortune est changée ; mais mon cœur sera toujours le même. Cl Harlove.