Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/87

Cette page a été validée par deux contributeurs.


dant ces difficultés ne sont rien au prix de celles qui surgirent entre ceux qui se partageaient le pouvoir.

Par l’effet des conditions spéciales où ils avaient vécu, les Acadiens s’étaient donc formés à se gouverner par eux-mêmes, à se réunir, à se concerter, et à régler leurs différends à l’amiable ou selon des principes très simples qui convenaient à leur situation. Ils avaient ainsi acquis l’usage et le goût de la liberté. Ils savaient par expérience qu’ils pouvaient se dispenser d’être régis par une autorité centrale dont l’action ne serait que gênante pour eux, et qui ne contribuerait en rien à améliorer leur position ou à donner à leurs rapports mutuels une plus grande sécurité. C’est également pour ces motifs que, sous la domination anglaise, ils cherchèrent à se soustraire autant que possible au formalisme gouvernemental et à se suffire à eux-mêmes.

Or, il est certain que, dans leur état particulier de société, il y avait de bien meilleurs résultats à attendre de ces procédés, de la politique du laisser-faire, que de l’ingérence d’une autorité sans contrôle. Tout ce qui concernait l’intérêt public se décidait en assemblée ; les travaux d’ordre général se faisaient en commun. C’est ainsi que furent accomplies les vastes entreprises d’endiguement. Il fallait sûrement beaucoup d’harmonie et de bonne volonté pour

    appliqué ensuite à tous les Acadiens, sans distinction. Rameau dit encore que les gouverneurs anglais, après la conquête, considéraient les Acadiens comme des êtres ingouvernables.

    M. de Brouillan succéda à M. de Villebon dans le gouvernement de l’Acadie, en 1700. Il avait commandé à Plaisance (Terreneuve). Durant l’hiver de 1704, il se rendit en France, où l’appelaient depuis longtemps ses affaires, celles de la colonie, et sa propre santé… il ne devait plus revoir l’Acadie, car à son retour d’Europe il mourut en pleine mer, et son cœur seul fut conservé et rapporté à Port-Royal, où il fut enterré le 3 octobre 1705, au pied d’une croix sur un petit tertre où il avait eu dessein de faire rebâtir l’église.