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Comme la tâche que nous nous sommes imposée ne commence qu’en 1710, alors que Port-Royal fut de nouveau capturé et l’Acadie définitivement cédée à l’Angleterre par le traité d’Utrecht, il n’entre pas dans le plan de notre travail d’insister longuement sur les événements qui ont marqué les origines de cette province. Nous avons simplement voulu résumer en quelques pages les péripéties de tout un siècle, comme préparation à l’intelligence des faits qui ont suivi la conquête anglaise. Ce n’est pas que ces temps primitifs soient dépourvus d’intérêt, bien loin de là ; l’on chercherait vainement sur ce continent un autre coin de terre dont l’histoire, à la même époque, présente un charme aussi

    Celui-ci donna Port-Royal à Poutrincourt, qui le repeupla (26 février 1610.) Malheureusement la mort de Henri IV arrivée le 14 mai, eut des suites funestes pour la petite colonie de la baie française. Les Jésuites, par l’influence de l’Italien Concini, favori de la reine, se firent recevoir par Poutrincourt comme missionnaires en Acadie. Les Pères Biard et Massé s’embarquèrent sur La Grâce-de-Dieu le 26 janvier 1611. Il fut entendu que la subsistance des missionnaires serait prise sur le produit de la traite des pelleteries. Cela n’alla pas sans difficultés. Après le départ de Poutrincourt, 17 juin 1611, de graves dissentiments éclatèrent. Finalement, Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, fit équiper à Honfleur le Jonas, qu’elle mit sous les ordres de La Saussaye, 12 mars 1613. Ce navire portait deux ou trois jésuites, le P. Quentin et le F. Gilbert du Thet. La Saussaye alla prendre les PP. Biard et Massé à Port-Royal et se dirigea vers la rivière Pentagouet, aujourd’hui Penobscot, dans le Maine. Arrêté par la brume, il débarqua sur l’île du Mont Désert où il fonda un établissement qu’il nomma Saint-Sauveur. En juillet 1613, Samuel Argall, armateur de la Virginie, enleva et saccagea cet établissement. Continuant ses brigandages, Argall fit voile vers Port-Royal qu’il détruisit de fond en comble (1613.) Poutrincourt peut être regardé comme le véritable fondateur de Port-Royal et de l’Acadie elle-même ; sa persévérance en assura l’établissement ; (il y revint en effet au printemps de 1614, pour ravitailler de nouveau sa seigneurie acadienne, et quitta pour jamais l’Amérique.) La destruction de Port-Royal n’amena pas l’abandon de toute la province. Elle continua toujours d’être occupée, sur un point ou sur un autre, soit par le second fils de Poutrincourt, soit par Charles Latour, et par la plupart des anciens habitants. — Cf. Garneau. T. I. Livre I, c. I, 61 et Seq. — Hist. de France, de Lavisse. T. VI. IIe P. Livre I, c. 4.