Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/73

Cette page a été validée par deux contributeurs.


La France fut la première à reprendre, dans les premières années du dix-septième siècle, les projets de colonisation qui avaient été tour à tour formés et abandonnés au cours du siècle précédent. Cette fois, si le succès ne répondit pas encore aux espérances, la fondation d’une colonie devait du moins être assurée ; et cet exemple allait être suivi de près par l’Angleterre et par d’autres nations.

De Monts, gentilhomme de la cour de Henri IV, fut l’organisateur de la nouvelle expédition qui allait avoir un résultat durable. Il s’embarqua au Hâvre de Grâce en avril 1604, en compagnie de Pontgravé, du baron de Poutrincourt, de Champlain, de Champdore et d’autres… Leur destination était la péninsule de la Nouvelle-Écosse, alors nommée la Cadie ou l’Acadie, et le lieu définitivement choisi pour y asseoir les bases d’une colonie fut Port-Royal, que de Monts octroya, avec le territoire adjacent, à son ami Poutrincourt. Dans le cours de l’été suivant, on érigea quelques habitations, un magasin, une enceinte de palissades. Port-Royal était fondé, à la place même qu’occupe aujourd’hui la ville d’Annapolis. C’était le premier établissement fixe formé par les Européens dans ces contrées septentrionales[1].

  1. Pierre du Guast ou de Gua, sieur de Monts, né en Saintonge vers 1560, mort vers 1630, obtint le titre de lieutenant général en Acadie et le monopole du commerce pendant dix ans. Ancien compagnon de Chauvin, il avait conservé de Tadoussac et de la région du St-Laurent le souvenir d’un fâcheux pays. Aussi fit-il voile plus vers le sud ; il pénétra dans la baie française (baie de Fundy), et crut rencontrer dans l’île Sainte-Croix le lieu le plus favorable à un établissement. Mais il n’y avait pas là d’eau douce et le froid y était très rigoureux. La plupart des colons périrent ; les survivants se transportèrent sur le bord opposé de la baie de Fundy, à Port-Royal (aujourd’hui Annapolis.) De Monts ayant été privé du monopole du commerce des pelleteries (1607), un gentilhomme champenois, le sieur de Poutrincourt, alla plaider sa cause auprès de Henri IV qui consentit à renouveler le privilège de de Monts pour un an.