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ni ces ordres, ni ces menaces ne paraissent avoir eu sur eux l’effet qu’on en attendait. Le 8 juin 1747, Shirley écrivait au duc de Newcastle : « Je n’ai rien à ajouter aux lettres que j’ai eu l’honneur d’écrire dernièrement à Votre Grâce, si ce n’est que M. de Ramesay est encore à Beaubassin avec ses hommes, y attendant un renfort du Canada… et qu’il n’a pas jugé à propos de s’aventurer à nouveau jusqu’aux Mines ; dans ses messages aux Acadiens de là, il insiste sur l’obligation où ils sont de se regarder comme les sujets du Roi de France, étant donné que les troupes de la Nouvelle-Angleterre ont dû se retirer de leur canton et capituler. Ses ordres n’ont cependant pas eu d’effet sur les habitants, l’expédition que j’ai envoyée par la suite ayant repris possession des Mines et y ayant arboré le drapeau du Roi, et les députés de cette région ayant renouvelé, au nom de tous, serment de fidélité à Sa Majesté à Annapolis Royal [1]. »

Or, n’est-ce pas là un témoignage qui en vaut la peine ? Les Acadiens étaient-ils aussi mous et flottants que Parkman s’est plu à le dire, eux qui, dans les circonstances les plus critiques, ne renoncèrent pas aux engagements contractés ? Étaient-ils si esclaves de leur clergé, alors que même l’opinion d’un Évêque ne les a pas détournés de ce qu’ils pensaient être leur devoir, — si tant est d’ailleurs que cette opinion n’ait pas été inventée pour les besoins de la cause ou faussée dans sa signification ?

Que fallait-il donc de plus pour satisfaire l’autorité et même provoquer sa reconnaissance envers une population inébranlable dans sa loyauté ? La suite de notre étude prou-

  1. Shirley to Newcastle. June 8, 1747. Ramesay still at Chignecto (Beaubassin) expecting reinforcements from Canada. State of affaire at Minas. (A. C. Sess. pap. etc., 127, p. 32).