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Pickering, Lechmere et Jones, et laissé aux mains de l’ennemi cinquante-quatre prisonniers, entr’autres le capitaine Edward Howe, premier conseiller du gouverneur, juge de l’Amirauté et commissaire des troupes anglaises en Nouvelle-Écosse [1]. Et pourtant, le colonel Noble aurait dû se tenir sur ses gardes, car il avait été prévenu par des Acadiens de l’attaque que les Français préparaient : « … (À Grand-Pré) les Anglais s’endormaient dans une fausse sécurité. Des habitants les ayant avertis que les Français arrivaient, ils tournèrent cette nouvelle en ridicule, et ne changèrent rien à leur manière de faire, en sorte que, lorsque l’attaque se produisit, le 10 février, au petit jour, ce fut un brusque réveil [2]… »

Les Français se trouvaient donc maîtres de Grand-Pré, après une lutte dans laquelle ils avaient défait complètement les Anglais, après une capitulation en vertu de laquelle ceux-ci avaient livré le poste, leur matériel de guerre, etc., et s’étaient engagés à se retirer à Annapolis et à ne pas porter les armes pendant les six mois qui suivraient [3].

  1. Mascarène, dans un rapport à Shirley, met 70 tués et plus de 60 prisonniers pour les Anglais ; 44 tués et un grand nombre de blessés pour les Français. De Beaujeu, à qui nous devons le meilleur compte rendu de cet engagement célèbre, estime les pertes des Anglais à 130 tués, 15 blessés, 50 prisonniers ; du côté français, il n’y aurait eu que 7 tués et 15 blessés. Cf. Doc. Inédits sur l’Acadie. C. F. Pièce lxv. Richard remarque avec raison que les plus grands noms de la noblesse canadienne étaient représentés dans cette fameuse expédition de Grand-Pré.
  2. Hannay, ch. xix, p. 349.
  3. La « capitulation accordée par les troupes de Sa Majesté très-chrétienne aux troupes de Sa Majesté Britannique à Grand-Pré » comprenait 6 articles ; elle fut signée à Grand-Pré le 12 février 1747, par Coulon de Villiers, au nom des Français, et Benjamin Goldthwaite, au nom des Anglais ; elle accordait aux Anglais la faculté de sortir de Grand-Pré « dans les 24 heures avec les honneurs de la guerre », et leur enlevait la liberté « de faire la guerre aux Mines, à Cobequid et à Beaubassin », c’est-à-dire, dans toute la région du fond de la Baie